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Construction. Les immeubles en bois seront bientôt incontournables




L'immeuble Kibori à Nantes qui a une structure totalement en bois.


© Jérôme Fouquet, Ouest-France
L’immeuble Kibori à Nantes qui a une structure totalement en bois.

À partir de 2022, de nouvelles normes imposeront progressivement que les bâtiments ne soient plus sources de gaz à effet de serre. Solution : construire en bois, notamment les immeubles.

On est loin des records dans la construction en bois qui se préparent en Autriche, avec les 76 mètres de haut du projet Hoho et, à Londres, les 315 mètres et 1 000 logements de l’Oakwood Tower.

Mais des immeubles en bois de plusieurs dizaines de mètres de haut sortiront bientôt de terre un peu partout en France. Déjà, à Strasbourg, Bouygues a inauguré un ensemble culminant à 38 mètres, tout bois. À Bordeaux, la tour Hypérion atteindra les 57 mètres et sa voisine Silva, les 50 mètres. Construite par Eiffage, elle est cependant dotée d’un « noyau central » ​en béton, réunissant ascenseurs et escaliers.

La prochaine réalisation, ce sera Wood Art, à Toulouse, qui comportera 150 logements, un hôtel de 100 chambres et des dizaines de commerces, ​annonce Marcel Chouraqui, directeur général d’Adivbois, l’association de promotion des immeubles en bois.

À sa création en 2016, Adivbois s’était fixé pour objectif la construction de 12 immeubles bois de grande hauteur, pour démontrer leur faisabilité. Grâce à d’autres partenaires, on en comptera bientôt une vingtaine​. Dont plusieurs dans l’Ouest, notamment à Rennes, Laval, Le Mans, Angers et surtout Nantes.

Un incontournable écologique

Maxime Baudrant, prescripteur chez Atlanbois, qui promeut ce matériau en Pays de la Loire, cite l’exemple de l’agglomération nantaise. Les collectivités n’ont pas l’obligation d’imposer le bois mais, de par la loidu 17 août 2015, elles ont un devoir d’exemplarité en matière de stratégie bas carbone. Via une convention signée avec Atlanbois en 2019, Nantes-Métropole impose 30 % de construction bois dans ses zones d’activité concertée. Cela représentera 3 300 logements sur 15 ans. On change d’échelle. ​Parmi les nombreux projets nantais, l’un d’entre eux, dans la ZAC Mélinet, recourra pour la première fois à des murs en bois garnis d’un béton composé de chaux et de chanvre, dont la Vendée voisine est grande productrice​.

Si, en France, la construction bois s’apprête à faire bondir sa faible part de marché actuelle – 4 % du logement collectif, 9 % du logement individuel, 16 % du non résidentiel – c’est que, dans moins d’un an, le bâtiment va vivre une révolution avec les nouvelles normes de la Réglementation environnementale 2020.

Le bois en devient le matériau-roi : il est isolant, émet peu de carbone pour sa transformation, remplace du béton et de l’acier dont la fabrication est, au contraire, grosse productrice, alors que le bois, tant qu’on ne le détruit pas, stocke le carbone absorbé durant la croissance de l’arbre : un mètre cube de bois séquestre une tonne de CO2 alors que la fabrication d’une tonne de béton en émet 471 kg.

Des spécialistes dans l’Ouest

Selon Dominique Cottineau, délégué général de l’Union des industriels et constructeurs bois, si le premiers seuil fixé par la RE2020, en 2025, peut être atteint en abaissant le bilan carbone des matériaux traditionnels, la neutralité carbone, en 2031, imposera d’utiliser au moins 30 % de bois. ​

Dominique Cottineau attribue au bois d’autres atouts. La forte part de préfabrication en atelier réduit la durée des chantiers, notamment en extérieur​. Ce qui réduit la pénibilité de la profession et peut aider à la féminiser, alors qu’elle peine à recruter.

La résistance à l’incendie, aux termites et au pourrissement est un sujet réglé​. Quant à la disponibilité en bois, elle ne pose pas de problème​, assure Maxime Baudrand ​. La forêt française produit chaque année le double de bois disponible que ce l’on consomme ​. L’industrie devra cependant s’adapter à sa plus grande richesse en feuillus (chênes, hêtres) qu’en résineux (pin, sapin), traditionnellement plus utilisé dans le bâtiment.

Si la France manque de scieries modernes, de nombreuses entreprises, notamment dans l’Ouest, savent produire et mettre en œuvre les nouvelles formes du bois : panneaux de grande surface, poutres et poteaux en lamellé-collé de longue portée, etc.

Les spécialistes régionaux de la construction bois, comme Cruard et Belliard en Mayenne, Briand en Maine-et-Loire, Piveteau en Vendée, Murébois en Bretagne ou Manubois en Seine-Maritime n’entendent pas laisser les rois du béton dominer un marché dont elles furent les pionnières.