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Croquer la ville | (42). Mulhouse: les Vergers de Paul, rompre la solitude et vieillir bien entouré


C’est un ensemble architectural tout neuf, construit dans le cadre du renouvellement urbain du secteur Franklin-Neppert, étonnement calme à quelques pas de l’hyper-centre, en retrait de l’avenue de Colmar. Deux ailes reliées par un jardin et une grande salle servant de foyer, de restaurant, de lieu de détente pour les résidents.

Atelier mémoire

Ce jeudi matin, Sandra Batho, assistante de direction, anime un atelier « mémoire » avec une petite dizaine de personnes. Cela ne fait pas forcément partie de ses attributions, mais elle y prend beaucoup de plaisir et prépare chaque semaine divers jeux qui font travailler les méninges. Concentrés sur un « bac » dont le principe est de trouver une série de mots (fruit, légume, ville, métier, sport, couleur, pays, objet…) commençant par une lettre de l’alphabet, les participants font montre de vocabulaire et d’humour…

« Tombeur de ces dames »

Pour la lettre « T », un monsieur propose « Tire au flanc » pour le métier, un autre « Tombeur de ces dames… » Les dames sourient derrière leur masque. Il y a aussi « Troubadour », « Tapissier », « Tanneur »… On voyage dans les villes et les pays, Tirana, Toulouse, Tarbes, Tanzanie, Turquie, Tchécoslovaquie, Tchétchénie « c’est un pays, ça ? » demande la benjamine du groupe, Stella Seiller qui est aussi AVS (auxiliaire de vie sociale) et qui joue avec ses protégés. Les prénoms traduisent les générations (Thérèse, Théophile, Tristan, Théodore…)

Dans le jeu suivant, les participants sont invités à compléter une expression. « Être dans de beaux… » ; « Avoir du pain… » ; « Couper la poire… » ; « Marcher à pas… » Les réponses fusent. Quand Sandra Batho propose « tailler le bout… de gras », le doyen se livre à une petite explication de texte. « Non, ça ne veut pas dire faire un gros repas ! »

À l’écoute des envies

Stella Seiller est très à l’écoute des personnes et fait tout pour les rendre heureux. Cet après-midi, elle organise une guinguette. Elle a décoré la salle, cuisiné chez elle des gâteaux, préparé une play-list avec des chansons d’Édith Piaf, « et de la musique des années quatre-vingt, ils adorent ! »

Pour les résidents jardiniers expérimentés, elle a apporté des graines. Des semis de radis, salades, tomates, prennent le soleil devant la baie vitrée. Ils seront plantés au printemps dans des carrés potagers.

Les résidents aiment les jeux de société, le Scrabble, le Triomino, la belote… Stella récupère des jeux d’occasion, des puzzles, des livres historiques…

Les plaisirs culinaires font aussi partie des petits bonheurs de l’existence. « Demain, j’organise un atelier pour préparer des frites, tout le monde a envie d’en manger ! »

Au moment du repas, Stella s’installe à la table de Liliane, la plus solitaire du groupe.

Liliane est peintre. Elle jauge son portrait réalisé sur le vif par Bearboz. « C’est pas mal… Moi aussi, j’ai fait ça, je croquais les gens, à Notre-Dame… En ce moment, je ne peins pas. Mais je vais reprendre. Ça a un tel impact sur le bien-être… » Stella lui demande si elle accepterait d’animer un atelier de peinture pour « apprendre » aux résidents. Liliane rit. « Pour leur apprendre quoi ? » « Je ne sais pas, le début… » Liliane ne donne pas de réponse. « Je suis très retirée de tout ce qui se passe… J’ai besoin de temps pour écrire des contes… »

D’autres résidents acceptent de livrer des bribes de leur longue vie.

Jeanne, qui a travaillé à La Poste « et ailleurs », s’est mariée en 1969 à la mairie de Mulhouse, avant de partir à Strasbourg. « Mon mari travaillait chez Kronenbourg ». Jeanne est très élégante, elle a les ongles faits. « Ça, c’est un soin… » L’esthéticienne vient une fois par mois. Jeanne se souvient avec nostalgie du Globe. Elle y achetait son café, de l’épicerie fine.

Michèle vient de s’installer à la table d’à côté. « Avec Michèle, on fait la collecte des bouchons plastiques et des bouteilles », explique Stella.

« J’ai horreur de manger seul »

Roger pose devant son assiette un pichet de vin rouge. Il a quitté Verdun pour Mulhouse après le décès de son épouse, pour se rapprocher d’une de ses trois filles. Les autres sont plus loin, l’Angleterre, Grenoble… « J’ai vendu ma maison et ma voiture. » Ici, il apprécie la compagnie. « J’ai horreur de manger seul ! » Et la simplicité des choses. « Je n’ai plus besoin de m’occuper de la maison, du jardin, des courses… »

Colette est arrivée en décembre dernier, après une chute à son domicile. « J’ai vu une annonce dans le journal, une proposition d’essai. J’ai pris rendez-vous… Je n’étais pas bien du tout, je ne savais plus quoi faire. »

« On s’entend bien ici »

Les premiers temps ont été difficiles, Colette a toujours été très sociable et boulimique de sorties culturelles. « C’est Marie-Thérèse qui m’a introduite », indique Colette, en présentant une voisine de table qui confirme : « Je l’ai accueillie, elle était un peu perdue. Moi aussi, au début… Il y a quand même de la solidarité, on s’entend bien ici, c’est une bonne maison… »

Elle récupère doucement ses forces, a hâte de pouvoir retourner au marché pour tailler une bavette avec ses nombreuses connaissances. « Heureusement, j’ai des visites. Et je me suis fait une amie ici, Sophie, on se comprend. »

Depuis qu’elle a apporté ses meubles, ses tableaux et sa musique, elle se sent mieux. « J’ai besoin d’être avec des gens… » Elle ne sait pas encore si elle restera ici. Son T2 comporte un vaste séjour avec un coin cuisine de 30 m² et un grand balcon, une belle chambre claire. La situation au cœur de Mulhouse lui plaît. « Je paie quand même plus de 2000 €… »

Les Vergers de Paul offrent les prestations classiques d’une résidence seniors, avec une présence rassurante de personnel 24 heures sur 24, toute l’année. Ici, le prix varie de 1200 à 2800 € (pour un couple) par mois, en fonction aussi des services à la carte. La structure souhaite réserver un lot d’appartements accessibles à des petits budgets. Et préserver, surtout, le caractère familial de la maison.